Anloy : sur les traces de 14-18

Anloy fut le théâtre d’âpres combats au cours du mois d’août 1914 lors de la Bataille des Frontières. Cet article rédigé par "Le Souvenir Français" est l’occasion de revenir sur l’histoire de ce petit village des Ardennes.

Anloy est un petit village tranquille des Ardennes belges, remarquable pour la beauté de son paysage et de ses maisons. Sous cette tranquillité apparente se cache un lieu bouleversé par la Première Guerre mondiale.

Le 22 août 1914 s’affrontent autour du village les armées française et allemande. Il s’agit d’un épisode de la bataille des Frontières. Les unités françaises proviennent majoritairement de la 34e division d’infanterie, commandée par le général Alby et issue du sud-ouest de la France. Les régiments déployés à Anloy sont le 14e (caserné à Toulouse), le 59e (Pamiers), le 83e (Toulouse) et le 88e (Auch). En outre, une unité bretonne, initialement engagée à la bataille autour du village voisin de Maissin, fait son irruption à Anloy. Il s’agit du 118e régiment d’infanterie (Quimper).

Le combat débute vers 13h. Il se termine en début de soirée. Les Allemands en sortent vainqueurs. 1 750 morts gisent sur le champ de bataille. 1 150 sont français pour 600 allemands. Les raisons à la défaite sont multiples. L’une d’elles est une question de chance, toujours essentielle lors d’une bataille dite “de rencontre”. Ainsi, quand débute la bataille, les canons français n’ont pas encore traversé la forêt qui les sépare de la clairière d’Anloy. À l’inverse, les canons allemands sont déployés sur les hauteurs surplombant le village. Ils feront des ravages parmi les fantassins français, dépourvus de tout soutien d’artillerie.

Les civils ne sont pas épargnés par cette déferlante de feu et de sang. Les soldats allemands sont imbus de la croyance infondée du franc-tireur. Ils les accusent dès l’entame des hostilités de soutenir les Français. 50 villageois sont assassinés les 22 et 23 août. La population avant-guerre s’élevait à environ 500 âmes. Un nombre considérable de maisons sont pillées et brûlées. Le village connait ensuite quatre années d’occupation allemande. Les réquisitions sont diverses et récurrentes. Elles visent entre autres les matières premières, les chevaux et le fourrage. L’économie locale est désorganisée. La pénurie et la faim plombent le moral des habitants. Des organismes de solidarité se mettent en place, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Anloy est libéré par les troupes française et italienne après l’armistice du 11 novembre 1918.

Le village et ses alentours ont conservé de nombreuses traces tangibles de cette douloureuse histoire. Le 11 novembre 2013, les autorités de la commune de Libin ont inauguré une balade permanente intitulée Sur les traces de 14-18. La balade a été créée par la Fondation MERCi, active en Belgique dans le travail de mémoire et dans l’éducation à la citoyenneté. Elle a bénéficié du soutien avisé de Madame Marie-Thérèse Pipeaux, déléguée régionale du Souvenir Français.
La balade consiste en un circuit de 8.1 km. Elle se parcourt en une durée approximative de 2h30 de marche. Elle est d’accès aisé pour les randonneurs, les cavaliers et les amateurs de VTT. Elle relie les lieux de mémoire présents dans le village, les champs et le bois environnants. Elle est agrémentée de 18 panneaux explicatifs et d’une table d’orientation.

La promenade, didactique, retrace l’histoire de la Première Guerre mondiale à l’attention du grand public. Des visites guidées sont possibles sur demande auprès de la Fondation MERCi et concernent tout particulièrement les écoles. Elle tend à permettre aux habitants de se réapproprier l’histoire de leur région. Elle a pour but de réhabiliter un lieu et une région souvent ignorés lors des commémorations officielles organisées au niveau national. Nous faisons nôtres les propos d’un journaliste de la presse régionale, L’Avenir du Luxembourg, qui déjà en 1921 parle d’Anloy comme d’une ”humble localité des basses Ardennes (qui) semble pourtant avoir été un peu oubliée, du moins dans les citations solennelles et sérieuses“…

Rémy Pierlot
Historien

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Pour plus de renseignements :

Fondation MERCI
13, Place du Fays
6870 Saint-Hubert
Belgique
0032 61 61 00 54
www.lamerci.be
www.surlestracesde14-18.eu

publié le 07/05/2015

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