Focus sur une association : L’Association Générale des Ingénieurs, des Scientifiques et des Universitaires de Culture Française en Belgique (AGIF)

« L’AGIF est une association d’ingénieurs, de scientifiques et d’universitaires francophones. Il y a parmi nos membres, autant de Français que de Belges et ces derniers ont toujours faits leurs études supérieures en France (école d’ingénieur ou université) et connaissent donc très bien les hautes écoles d’ingénieur françaises tel que Supéléc ou Sup Telecom. »

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L’AGIF créée il y a plus d’un demi-siècle, tient à favoriser et développer dans un climat amical les échanges franco-belges dans les domaines de l’économie, des technologies, des sciences et de la culture générale. L’AGIF rassemble des Français issus d’universités ou grandes écoles françaises ou belges, mais aussi des Belges issues d’universités ou grandes écoles françaises ainsi que des Belges sympathisants de la culture française. Cette rencontre de profils divers et complémentaires permet une riche interaction.
Cette association organise des réunions sous forme de déjeuner/dîner/conférence ainsi que des visites d’un certain nombre de sites et musées, visant à apporter de nouvelles connaissances aux membres. Ces évènements permettent également aux membres de l’AGIF de se retrouver et d’échanger.
Son président, Jean Marc Roussot, également président de l’Union des Français de l’Etranger (UFE) depuis cette année, a accepté de répondre à nos questions :

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MONSIEUR ROUSSOT, POUVEZ-VOUS VOUS PRESENTER EN QUELQUES MOTS, REVENIR SUR VOTRE PARCOURS, CE QUI VOUS A AMENE A L’AGIF ?

C’est mon second séjour en Belgique. Le premier eut lieu en 1983 pour une raison professionnelle et je m’y suis beaucoup plu avec ma famille. Nous espérions y revenir pour y vivre et ce fut chose faite en 1991 après quatre ans d’expatriation au Luxembourg. Nous resterons en Belgique même quelques années après la fin de ma carrière professionnelle pour plusieurs raisons : Premièrement, nous nous sentons bien ici et nous voudrions vivre en Belgique comme étant en vacances. La retraite en Belgique sera pour moi l’occasion de mieux visiter ce pays. Comme tous les français je suis allé à Bruges, sur la Côte, dans les Ardennes, dans les Hautes Fagnes mais sur des périodes très courtes. J’ai désormais envie de savourer la Belgique en semaine, sans contraintes de temps. Etant très impliqué dans la vie associative, j’ai développé un grand réseau d’amis et de relations et il n’y a pas de raison de les décevoir avec un départ inattendu.

- PENSEZ-VOUS PERPETUER VOS ACTIVITES ASSOCIATIVES APRES L’ARRET DE VOTRE ACTIVITE PROFESSIONNELLE ?

Pour l’heure, oui je le pense. Mais il y a un moment où il faut savoir passer la main.

QUELLES SONT LES OBJECTIFS DE L’AGIF AUJOURD’HUI ?

Nous nous sommes fixés comme objectif de revaloriser le métier d’ingénieur et les carrières scientifiques. Tous les membres de l’AGIF sont fiers du métier qu’ils font ou qu’ils ont eu. Pendant des années ces métiers scientifiques ont été délaissés car les modes n’étaient pas tournées vers la science mais vers les sciences sociales. Nous nous sommes fixés avec les membres du Conseil d’Administration l’objectif de faire venir et d’intéresser la jeunesse à ces métiers. Très concrètement, nous allons lancer en 2015 le prix AGIF du meilleur espoir scientifique au lycée français. Les modalités d’octroi de ce prix vont être fixées. Nous voulons annoncer dans la première partie de cette année scolaire qu’un élève particulièrement méritant sera récompensé à la fin de l’année lors de la publication des résultats du Baccalauréat et nous souhaitons que cela se sache. Il faut que les jeunes élèves réfléchissent aussi à ce genre de métier et pas simplement aux professions de journaliste, d’avocat ou de footballeur.

- QUEL EST L’HISTOIRE DE CETTE ASSOCIATION ?

L’AGIF est une des plus anciennes associations de Belgique. Je ne pense pas me tromper en disant que les présidents de cette association ont toujours été français. L’AGIF a compté plusieurs centaines de membres il y a quelques années, à une époque où il était beaucoup plus facile de mener la vie associative. Auparavant, les employeurs de grands groupes industriels demandaient à leurs cadres supérieurs de devenir membres de l’association, ils payaient même les adhésions. Tout cela est terminé aujourd’hui, à l’heure où chaque minute de travail est comptée et décomptée. Les belles heures de l’AGIF, facilitées par le tissu industriel, sont derrière nous.

- COMMENT PROCEDE L’AGIF POUR MAINTENIR LE LIEN AVEC LES FRANÇAIS DE BELGIQUE ET L’ADHESION DE NOUVEAUX MEMBRES ?

Les deux moyens utilisés pour cela sont partagés par toutes les associations. Il y a d’abord l’organisation d’évènements susceptibles d’intéresser un peu plus que les membres actuels. Nous organisons des évènements à caractère scientifique mais nous les présentons de manière à susciter l’intérêt des non-spécialistes. Nous avons au cours des dernières années organisé par exemple une conférence sur les OGM. Un cadre supérieur chargé de la sécurité alimentaire est venu nous entretenir de ce thème là et il y avait parmi le public des personnes qui n’étaient pas forcément des spécialistes mais qui s’intéressaient à la question. On a récemment organisé une conférence sur le Véhicule de transfert automatique entre la terre et la station spatiale orbitale à l’occasion du bicentenaire de Jules Verne. Tout récemment, une conférence sur le gaz de schiste fut organisée. Il n’est pas nécessaire d’être ingénieur chimiste pour être intéressé. Prochainement, il y aura au mois de novembre une conférence sur les réacteurs nucléaires de 4ème génération. Ce sont toujours des thèmes à caractère scientifique mais dans l’air du temps au sens où même des non-spécialistes doivent y trouver leur intérêt. Cela est une manière d’attirer du monde pour une cotisation extrêmement modeste.
Pour ce qui est de notre site internet, notre nouveau site va être lancé au début du mois de novembre. J’ai voulu que l’outil de publication soit le même que l’outil du site web de l’UFE de manière à développer des synergies entre les deux associations. Les membres actifs qui font fonctionner le bureau représente 8-10 personnes et lorsque nous organisons un évènement, nous visons toujours 100 personnes.

- COMBIEN D’EVENEMENTS ORGANISEZ-VOUS A L’ANNEE ?

Nous essayons d’en organiser un par trimestre, en excluant le trimestre des vacances d’étés. Donc 3 évènements publics à l’année où nous invitons autant de monde que possible et dont la publicité est également faite par le Consulat général via son site internet, ses réseaux sociaux et sa newsletter. Nous essayons également d’inviter aux réunions de nos membres les plus actifs, un conférencier qui vient nous parler de sujets mais aussi culturel. Nous avons par exemple eu une conférence sur les mines de pierres précieuses au Cambodge, les soies chinoises ou encore les drones.
Nous contactons ces conférenciers à travers notre réseau. Avant d’être membre, j’ai moi-même été sollicité par l’AGIF pour réaliser une conférence.

- QUELLE EST LA TENEUR DES RAPPORTS ENTRE L’AGIF ET LE CONSULAT GENERAL ?

Ces relation entre le tissu associatif et l’administration ne sont pas des relations institutionnalisés, elles sont basées sur l’initiative, l’écoute, les rapports humains. Je considère que depuis plusieurs années, les relations sont très bonnes, voir excellentes. L’ouverture du consulat, son accessibilité, se sont considérablement améliorés au cours des dernières années. C’est une révolution ! Ces services consulaires sont ouverts, disponibles, accueillants, fonctionnant très bien. Il y a eu l’an passé à l’initiative du précédent Consul général, l’organisation de l’Assemblée générale des associations. C’était une initiative remarquable. Cela a permis de nouer de précieux contacts entre les associations. En règle générale, les associations ont du mal à travailler ensemble. La plupart d’entre elles n’ont pas de locaux et le fait de les réunir dans les locaux du Consulat général est une excellente idée. J’ai renoué par exemple un contact que j’avais perdu avec la Chambre Française de Commerce et d’Industrie de Belgique. J’ai fait valoir l’idée lors de cet évènement d’avoir des outils de communication communs ou une formation commune à l’utilisation des nouveaux médias sociaux pour les associations. Le Consulat général peut jouer un rôle en matière d’assistance sur ce point. Les associations ont du mal à développer des sites web performants et même de les tenir à jour.

QUELLES SONT LES DIFFICULTES ACTUELLES QUE L’ASSOCIATION EPROUVE ?

La première difficulté est que les jeunes ont du mal à s’engager. Les gens passent d’une activité à l’autre et même d’un pays à l’autre. Les jeunes qui arrivent ici n’ont pas pour la grande majorité, l’objectif de rester en Belgique des dizaines d’années. Ils n’éprouvent donc pas le besoin de s’investir dans la vie associative. S’engager dans la vie associative lorsque l’on est exposé à des aléas professionnels, c’est mission impossible et je les comprends. Trouver des gens qui s’engagent sur le long terme représente un vrai défi pour nos associations. Le temps manque et l’incertitude sur l’avenir fait que les citoyens ont du mal à s’engager. Ils viennent à un évènement mais ne reviennent plus. Réussir à fidéliser les gens est une vraie difficulté. Cela explique pourquoi les cadres des associations que je connaisse sont relativement âgés.
En ce qui concerne l’AGIF, c’est leur futur métier dont on peut parler aux jeunes. Nos parcours et nos expériences peuvent susciter chez certains, un intérêt voir une vocation.
L’AGIF comme beaucoup d’association, rayonne localement. Lorsque nous organisons un évènement, les gens viennent de Bruxelles et de la région. Nous avons néanmoins de temps à autre un ingénieur qui vient de Gand, de Liège, d’Anvers mais c’est anecdotique. Mon grand objectif est de faire rayonner l’AGIF dans le pays. C’est difficile de faire rayonner une association lorsque les cotisations sont modestes et donc qu’il est presque impossible de payer les services d’agences de communication.

Cet entretien a été réalisé au siège de l’EUROCONTROL où officie Jean-Marc Roussot.

Si vous souhaitez des informations complémentaires sur cette association, n’hésitez pas à consulter le site de l’AGIF :

http://www.agif.be/index.htm

publié le 25/02/2015

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