Le portrait du mois : Arnould Lefébure, fondateur de GoodPlanet Belgium

Arnould Lefébure, proche de Yann Arthus-Bertrand et grande figure du milieu associatif, vit en Belgique depuis de nombreuses années. Il nous raconte son parcours, ses projets et ses vœux pour l’avenir.

Fondateur de GoodPlanet Belgium, une association engagée dans la promotion du développement durable et du vivre-ensemble, Arnould Lefébure accepte de répondre à nos questions.

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- Comment et pourquoi êtes-vous arrivé en Belgique et quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous engager dans l’association GoodPlanetBelgium ?

Passionné par la mer, j’ai étudié l’océanographie et suis devenu biologiste marin. Je me suis ensuite spécialisé en aquaculture et j’ai fait un MBA lié à l’UNESCO, qui m’a mené à Londres, New York, Séoul, Beijing, Shanghai, Canton et Tokyo.

Après mon service dans la marine chez les fusiliers-marins commandos, J’ai voulu connaître l’industrie avant d’aller vers l’eau et ai ainsi travaillé dans l’ameublement de bureau. C’est ainsi que j’ai rejoint la Belgique en 1991 où j’ai commencé à apprendre le néerlandais. Par la suite, expérience du monde industriel et de la vente faite, j’ai souhaité connaître la politique européenne et dans ce cadre, j’ai travaillé pour le Parlement européen, pour le projet « Balance for gender ». Coordinateur du projet, j’étais chargé de la campagne des candidates femmes au Parlement européen du PPE où j’ai eu la chance de travailler notamment avec Sabine de Béthune, Simone Weil ou Angela Merkel.

Grâce à ma connaissance de l’eau, de la politique européenne et de la Belgique, le Quai d’Orsay m’a appelé pour m’occuper de deux accords internationaux ayant pour objectif d’améliorer la qualité de l’eau de la Meuse et de l’Escaut. J’ai participé activement à la signature de ces accords entre la France, les trois régions belges et les Pays-Bas.

En 2001, les ministres ont désiré aller plus loin et coordonner leurs politiques de l’eau. En 2002, j’ai donc coordonné la négociation de deux nouveaux accords sur l’eau avec les mêmes Etats ainsi que la Belgique Fédérale, l’Allemagne et le Luxembourg. Une fois les accords signés à Gand, la France m’a détaché pour être le nouveau secrétaire général de la Commission Internationale de l’Escaut à Anvers. J’ai pu constater que l’eau pouvait être un facteur de discorde important comme un facteur d’entente qui dépassait les différentes cultures et approches. Voyant la Belgique qui se déchirait un peu, j’ai pensé que l’environnement et le développement durable seraient peut-être un beau projet de travail en commun.

J’avais, par ailleurs, rencontré Yann Arthus-Bertrand en France, qui avait un projet sur des posters éducatifs distribués dans toutes les écoles de France sur le développement durable. Je me suis dit qu’on pourrait essayer de faire cela en Belgique où nous avons commencé à travailler avec la Fondation Roi Baudouin et Green, une association qui s’occupait d’éducation des jeunes à l’environnement. En 2011, nous avons créé le fond GoodPlanet avec l’appui de JC Decaux, Spadel, Belgacom et B.Post, puis en 2013 GoodPlanet Belgium.

-Est-ce que vous avez pour objectif d’étendre certains de vos projets au-delà de la Belgique ?

Oui, dans certains pays tels que le Maroc, le Bangladesh, l’Inde ou l’Egypte. Notre principal lieu d’activités reste cependant la Belgique. Nous sommes l’une des rares associations qui travaille sur l’ensemble du pays avec des permanences réparties un peu partout. Aujourd’hui Goodplanet Belgium, c’est 55 employés rémunérés, et 75 projets qui touchent à l’eau, la forêt, la biodiversité, le développement durable, l’alimentation durable, les déchets, le transport etc.

-A quelques mois de la COP22, quelles sont aujourd’hui les priorités de GoodPlanet Belgium ?

La priorité pour nous, c’est « 11 millions de Belges ». On a eu « 7 milliards d’hommes », on a aujourd’hui « 11 millions de Belges ». L’objectif est de montrer que la Belgique est unie et qu’elle peut agir dans le secteur du développement durable. Dire qu’ensemble, nous voulons transmettre à nos enfants un monde meilleur. Et ce monde meilleur, il ne peut se construire qu’ensemble. La Nature a besoin de diversité, nous avons besoin de diversité. C’est une philosophie que nous devons retenir. Soyons diversifiés, acceptons la diversité comme un cadeau.

-Vous faites beaucoup de sensibilisation, principalement dans les écoles. Travaillez-vous également avec d’autres acteurs ?

On travaille, en effet, beaucoup avec les écoles ; cela représente environ 80% de notre activité. On travaille aussi maintenant de plus en plus avec des entreprises. Avec AXA ou JC Decaux, ce sont deux bons exemples où on redonne un peu du sens à l’entreprise en montrant que celle-ci fait partie de la Société en général (avec un grand « s »). C’est l’histoire du colibri qui vient avec sa goutte d’eau. Le grand public est également un acteur important pour GoodPlanet Belgium avec en particulier le projet GOODFRIENDS.

-Ce sont donc les comportements au quotidien qui mènent à un changement plus général ? Vous ne faites pas de lobbying pour y parvenir ?

Nous ne faisons pas de lobbying, nous ne voulons pas en faire. C’est pour ça que nous ne sommes affiliés à aucun parti politique. On a des projets à long terme, et qui sont toujours, comme je vous l’ai dit, des projets de sensibilisation, d’éducation, de participation et d’action. C’est dans notre ADN de rester POSITIF : ne sommes-nous pas GOODPLANET ?

-Goodplanet c’est donc un focus sur l’environnement tout en englobant les facteurs sociaux qui peuvent, eux aussi, avoir un impact sur les paramètres environnementaux ?

Oui, on peut le voir comme ça. Mais l’environnement est transversal. Ça touche les transports, l’alimentation, l’agriculture, l’énergie, les déchets, le tri. Il ne faut pas oublier que l’homme et la nature sont liés. L’homme ne peut se développer sans nature et inversement. Je pense qu’on est plutôt sociétal et on a envie de réunir les gens. Je le vois à travers mon parcours professionnel : l’eau peut être la source de conflits terribles. Mais l’envie de préserver cette biodiversité peut être plus forte que les divisions politico-idéologiques. Notre société doit trouver des biais pour mieux vivre ensemble, c’est ça qui nous motive, et c’est pourquoi nous invitons tout le monde à devenir GoodFriends. Aujourd’hui nous voulons créer une tribu de gens pour dire « nous voulons que le monde change ». On leur envoie des informations, des conseils avec des propositions et ils en font ce qu’ils veulent.

Et c’est avant tout avec la richesse et la diversité de chacun que nous réussirons...

publié le 29/09/2016

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