Le portrait du mois : Camille Pisani-Institut royal des Sciences naturelles de Belgique

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Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Aujourd’hui je suis le directeur général de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (plus connu comme le musée des dinosaures). Un poste que j’ai repris il y a un peu plus de dix ans après avoir quitté la France.

Vous aviez travaillé où en France ?

J’ai commencé au début des années 1980 avec la création de la Cité des Sciences à la Villette. Je suis ensuite partie au Muséum de Paris, au Jardin des plantes pour terminer au Musée de l’Homme au Trocadéro.

Quelles sont les principales différences que vous constatez dans votre profession entre la France et Belgique ?

Rien n’est organisé de la même manière. La Belgique est un pays beaucoup plus petit, chaque ministre a une multitude de portefeuilles qui n’ont pas toujours à voir les uns avec les autres. Puis après évidemment ce n’est pas la même histoire. Donc ce sont d’autres traditions, d’autres références, d’autres connexions. Autre chose aussi, l’organisation académique des universités diffère entre la France et la Belgique. Les universités sont tout à fait autonomes depuis extrêmement longtemps et la lutte entre les universités catholiques et les universités libres, cette histoire-là n’est pas la nôtre. Et enfin une dernière différence, c’est aussi l’aspect fédéral. C’est fondamental, le poids des régions, leurs compétences, le fait que beaucoup de compétences soient passées au niveau régional. L’histoire de la France, c’est un pays traditionnellement beaucoup plus centralisé.

Et donc vous relevez de quel ministère ? De la Culture ?

Il n’y a pas de ministère de la Culture au fédéral en Belgique. La Culture, l’Education, l’Enseignement supérieur et la Recherche, sont des compétences communautaires. Ici il n’y a pas de ministère, il y a un ministre et son cabinet et l’administration s’appelle « services de programmation fédéraux », on est dans des administrations dites « politiques-scientifiques ». Cette administration chargée de la politique scientifique, gère notamment les financements pour les programmes de recherche nationaux, c’est-à-dire qu’ils ont mandat de financer des recherches qui sont utiles aux compétences fédérales.

Voyez-vous un avantage à exercer ce métier plus en Belgique qu’en France ?

Je pense que le travail ici est assez différent. En arrivant ici j’ai trouvé des équipes très désireuses de trouver des solutions. Inversement il y a un côté très pragmatique et ce qui m’a manqué parfois ce sont de vrais cadres, règlementaires et législatifs. Il n’y a pas de plan Vigipirate en Belgique. Je n’ai pas trouvé un protocole de choses à faire et au moment des attentats, du lockdown en décembre, on a totalement improvisé, on a été pris totalement de court.

En France les budgets ont été considérablement restreints, c’est le cas aussi en Belgique ?

En Belgique ce n’est pas seulement les musées, lorsque le gouvernement est entré en fonctions, il y a deux ans en octobre 2014, il est venu avec une circulaire budgétaire qui disait que pour tout ce qui était fonds publics, la masse salariale devait diminuer de 12 % en 5 ans, le fonctionnement de 28 % et l’investissement de 33 % et que l’année qui faisait les plus grosses économies était la première. Donc j’ai l’impression d’avoir passé à peu près exclusivement 2015 à réussir à faire rentrer l’activité déjà programmée dans un budget qui avait diminué de 20 %.Ce n’est pas spécifique au Musée, c’est l’ensemble de la fonction publique auquel on a appliqué cela de manière à peu près linéaire.

Quels sont vos grands projets pour l’avenir, pour le Musée et pour vous personnellement ?

Pour le musée j’ai pas mal d’ambitions en fait en ce moment. Il y en a une qui devrait se réaliser. Actuellement et vous ne le savez pas il y a 2 000 m2 fermés. L’ancienne salle des baleines et des pôles a été fermée et va ré-ouvrir au printemps 2018 avec une nouvelle présentation sur le thème de la biodiversité parce que c’est un thème commode. Qu’est-ce que c’est que la biodiversité, qu’est-ce que qu’un habitat. Il y a beaucoup de nature en ville même si vous ne vous en rendez pas compte. Là ce sera la biodiversité de manière beaucoup plus générale, les grands habitats, les interactions entre les animaux, qu’est-ce que c’est que la prédation, quel est l’impact de l’Homme. Deuxième gros projet qui est loin d’être gagné, c’est celui du navire océanographique qu’on gère et qui est en bout de course. On sait très bien que c’est un outil indispensable pour surveiller les activités humaines en mer et faire de la recherche océanographique. Et donc le deuxième projet consiste à obtenir l’inscription du budget de ce navire sur le budget de l’Etat.

Avez-vous également pensé à améliorer l’image du musée en termes de NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication) ?

Oui nous sommes déjà présents sur Google Art and Culture. Il est également possible d’avoir une visite 3D, une vraie visite virtuelle. Vous devez télécharger l’application sur votre smartphone, quand vous êtes sur Arts & culture, vous devez tapez « Bruxelles » et on finit par nous trouver sous « Muséum d’histoire naturelle ». Et dans une rubrique vous avez « visite virtuelle » avec une photo de la salle des dinosaures, c’est ça qu’il faut charger. Il faut ensuite le mettre dans une espèce de pliage de carton dans lequel vous mettez votre téléphone qui est prévu pour qu’en le déclenchant, vous regardiez et en tournant, vous voyez que c’est pris à un endroit donné à 360. C’est spectaculaire, c’est une Google card box. En fait c’est un stéréoscope, avec deux lentilles, l’image est coupée en deux et a été faite de telle manière que via les lentilles ça reconstitue le 3D. Ça nous a coûté beaucoup de travail et pas un sou. Je disais ça parce que ce musée vaut plus dedans que dehors, si on se fie à la façade, ça ne donne pas envie d’entrer.
Donc voilà les projets, finir la rénovation, remplacer le navire océanographique et puis pour le reste c’est beaucoup de projets qui sont plutôt liés à la recherche. Notre ambition est plutôt de réussir avec presque tous les autres musées d’histoire naturelle en Europe à être reconnu comme infrastructure de recherche et donc de faire partie de la feuille de route ESFRI au niveau européen et avoir catalogues informatisés compatibles. Ce qui fait que quelqu’un qui s’intéresse à un sujet donné peut trouver facilement la collection dans laquelle sont les spécimens qui l’intéressent par exemple. Et il peut venir ou en avoir des images numérisées ou peut en demander des échantillons de l’ADN, etc. On collabore déjà beaucoup mais ce qui nous manque c’est de financer l’infrastructure commune qui va permettre que ces collections deviennent quelque part une collection. Là aussi en 2018 il faut réussir à rentrer dans cette feuille de route et être sélectionné pour toute la phase de faisabilité.

Il semblerait que la recherche et la culture soient toujours à la recherche de fonds. Pour obtenir ces fonds, j’imagine que vous devez innover et vous démarquer ?

Oui, il faut innover, il faut séduire, il faut répondre à la demande : il y a ce côté un peu compétitif en permanence. On se dit « il y a eu un appel, quel a été notre score, c’était comment l’appel d’avant, les collègues ont fait quoi ». C’est analyser, c’est un marché compétitif et du coup analyser nos propres performances, comment on est, est-ce qu’on est mieux, moins bien qu’avant, que les autres. Les chercheurs prennent l’habitude de présenter leurs recherches non pas pour elles-mêmes mais parce que c’est supposé pouvoir répondre à des préoccupations du genre sécurité alimentaire, changement climatique. Et ça devient des arguments de vente. En même temps je pense que ça a tout le temps été vrai, à l’époque au XIXème il s’agissait d’aller chercher de nouvelles espèces que l’on puisse acclimater pour des raisons alimentaires, etc. Même si les chercheurs étaient motivés purement par la curiosité, ils prétendaient toujours qu’ils allaient ramener quelque chose qui allait pouvoir aider l’économie française, à chaque époque son argumentaire.

publié le 17/02/2017

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