Le portrait du mois : Daniel Weissmann, directeur général de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège

Daniel Weissmann,grande figure de la scène musicale, vit en Belgique depuis 2014. Il nous livre ici son parcours, sa vision de la musique classique et ses attentes pour l’avenir.

Directeur général de l’Orchestre Philarmonique Royal de Liège, Daniel Weissmann vit en Belgique depuis 2014, moment de sa prise de fonctions. Il accepte, ici, de répondre à nos questions.

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-Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis un musicien, qui au fur et à mesure de son existence, a eu la chance de rentrer au cœur de la musique et devenir directeur d’une institution européenne importante. Je suis le prototype du « self-made man » qui a réussi grâce à ses expériences. Ce n’est pas l’appartenance à un réseau ou l’attachement à un plan de carrière qui m’ont permis d’arriver là où je suis aujourd’hui.

-Pouvez-vous nous parler de ces diverses expériences ?

Je suis musicien mais j’ai fait des études d’économie. Grâce à des facilités musicales de naissance, ce qu’on appelle « l’oreille d’or », on m’a donné un violon dès l’âge de 3 ans et demi. J’ai ensuite cultivé ce talent et un intérêt tout particulier pour l’aspect sociologique et économique de la musique. Après mes études d’économie et de gestion appliquée, je (j’ai étudié le violon au Conservatoire de Bruxelles. Je suis ensuite retourné en France pendant une vingtaine d’années où j’ai eu la chance d’avoir plusieurs mentors. En 1992, j’ai rencontré un grand violoniste français qui avait créé une société de production de musique classique, un projet assez novateur à l’époque. Ce dernier m’a demandé de travailler avec lui à la direction artistique, ce que j’ai accepté. J’ai fait cela pendant 7 ans et cela m’a ouvert tout le champ international.

Après, on m’a demandé de réaliser des études sur la construction de deux nouvelles salles de concerts en Bourgogne. Mon expertise en tant que musicien et gestionnaire de projets, m’a amené à devenir directeur artistique de la salle ( l’auditorium ) de Chalon-sur-Saône. J’ai ensuite travaillé avec la Ville de Dijon où je suis devenu « conseiller musical artistique ». Mon travail de musicien s’est donc toujours développé en parallèle avec mes fonctions de direction. En 2009, on m’a confié la direction de l’Orchestre Dijon Bourgogne. En 2014, suite à un désaccord sur un projet avec le maire, j’ai décidé de quitter mes fonctions de directeur. C’est à ce moment-là que j’ai présenté ma candidature à l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège (OPRL).

-Quel est votre apport majeur en tant que directeur de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège ?

Mon objectif est de faire entrer l’OPRL dans l’ère du 21e siècle) : auprès des médias, en créant de nouveaux partenariats, en ouvrant l’accès aux nouveaux publics, etc. Et je continue à développer mes projets personnels également en parallèle. J’ai créé avec des amis un festival en Bourgogne (où l’on monte un orchestre éphémère), qui fêtera ses dix ans l’année prochaine.

-Quelles sont aujourd’hui vos attaches avec la France ?

Elles sont fortes bien que je ne sois pas d’origine française. Ma mère est égyptienne et a été naturalisée française. Mon père, lui, avait des origines lituaniennes et juives ashkénazes. J’ai aussi des origines sud-américaines. Mon grand-père est d’ailleurs venu faire ses études (à l’école des Mines) en France et s’est intégré dans une France à l’esprit laïc, républicain. La France était une terre d’ouverture et d’assimilation. J’ai donc une culture française d’assimilation. La France m’a élevé, nourri et m’a mené là où je suis aujourd’hui.

-Quel rôle attribueriez-vous aujourd’hui à la musique classique ? Une musique qui est perçue par certains comme un peu désuète…

C’est une perception faussée car il n’y a jamais eu autant de concerts et de festivals de musique classique. On a beaucoup trop entendu dire par la classe politique que la musique classique appartenait à une sphère élitiste et qu’elle n’était pas accessible à tous. En fait c’est totalement faux. C’est souvent le cas lorsque les personnes ont peur de la culture. Certains de nos dirigeants et les jeunes sont malheureusement plus axés sur les médias que sur la connaissance. La musique classique est une musique qu’on aborde avec son côté spontané et son côté culturel. On a d’ailleurs lancé des projets dans des quartiers défavorisés et on remarque que dès que l’on met des instruments dans les mains d’un enfant, on valorise sa personnalité et son rapport avec les autres. On fait alors émerger la personne. On passe d’une pensée individuelle à une pensée collective. La musique est un langage universel.

Le problème aujourd’hui, c’est l’idée de « marché culturel », qui a pour objectif premier d’être rentable. Or dans l’histoire, la musique n’a jamais été faite pour faire de l’argent : ce sont les médias et les supports qui rapportent de l’argent. Même s’il est important de diffuser la musique par les médias, il ne faut pas que ce soit l’unique mode de transmission.

-Comment décrire l’OPRL et en quoi se différencie-t-il des autres orchestres que vous avez dirigés ?

L’Orchestre philharmonique royal de Liège a une particularité et une histoire originales : il est né d’un orchestre de conservatoire. Dans les années 1960, l’orchestre du conservatoire a pris de l’importance et est devenu l’Orchestre de Liège car il y une structure autonome qui gérait ses concerts et son public). Aujourd’hui, il y a 18 nationalités représentées dans cet orchestre. La Salle Philharmonique de Liège est magnifique et cela place l’orchestre dans une situation privilégiée. C’est un lieu assez prisé en Europe, qui avait besoin de reconnaissance et qui est aujourd’hui connu. De grands interprètes sont passés par l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège.

-Quels projets d’avenir pour l’Orchestre de Liège ?

Je ne serai ici que jusqu’en 2022 environ. Mon but est de travailler sur le renouvellement des musiciens et d’amener l’orchestre dans un environnement plus moderne. Le mettre en contact avec les médias numériques, modifier son mode de communication, le rapprocher du public et le mettre au centre de la formation des jeunes. Il y a tout un panel sur lequel travailler. Il n’y a pas que les concerts, mais également toute une vie autour des concerts. Il faudra également trouver quelqu’un pour poursuivre ce travail et aller de l’avant. Moi, je suis un homme du XXème siècle et je dois assurer la transition vers le XXIème siècle. Mon projet est donc dirigé vers l’avenir mais pour y parvenir il faut un peu de temps. On avance dans la modernisation, mais cela se fera de manière progressive. Je ne fais que passer, l’Orchestre, lui, reste. Je suis là pour défendre un métier, valoriser le travail que l’on fait et combattre les préjugés.

publié le 13/10/2016

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