Le portrait du mois : Une Française impliquée dans le milieu associatif

Madame Isabelle Resplendino, figure du milieu associatif au sein de la communauté française en Belgique et récemment élevé au rang de Chevalier de l’Ordre National du Mérite, a été interviewé dans les locaux du Consulat général.

Cette souriante toulonnaise de naissance impliquée dans de très nombreuses associations de parents d’enfants d’autistes aussi bien belges que françaises a accepté de répondre à nos questions.

Isabelle Resplendino dans les locaux du consulat général - JPEG

-Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Isabelle Resplendino, je suis originaire du sud de la France. Je suis mariée avec un belge néerlandophone depuis 1998 et je suis maman d’un enfant né en 2001. Mon enfant, né en Flandre, a présenté très vite des symptômes que l’on a pu apparenter à de l’autisme : il ne se nourrissait que d’aliments liquides et ne parlait pas, il était très renfermé sur lui-même ce qui était problématique dans le cadre de sa scolarisation notamment. Nous avons décidé de nous installer dans le Hainaut en 2006 afin d’y trouver une école spécialisée francophone, langue que nous parlions à la maison, et une approche thérapeutique différente pour notre enfant. Cela a fonctionné à merveille : après quelques mois, il parlait couramment, mangeait des aliments solides et parvenait à s’intégrer dans sa classe et avec ses camarades. Quand j’ai constaté les progrès immense de mon fils grâce aux structures belges, j’ai décidé de m’investir dans le domaine associatif qui m’avait tant aidée pour mon fils et à travers lequel je voulais aider tant de familles dans la même situation que la mienne.

-Qu’est-ce qui vous amené a faire la demande de la nationalité belge ?

Mon mari étant belge et vivant en Belgique depuis de très nombreuses années, j’ai décidé de faire la demande de la nationalité belge en 2011. Cette demande de nationalité est aussi une manière de remercier la Belgique qui a contribué à sauver mon enfant. Avant 2009, on me demandait d’abandonner la nationalité française si je souhaitais obtenir la belge, chose que je ne voulais absolument pas. Maintenant, cette double-nationalité me permet également de confirmer une connaissance de fond sur les systèmes de santé belges et français et les structures propres au handicap qui ont été mises en place de part et d’autres de la frontière.

-Comment décrivez-vous votre engagement dans le milieu associatif ? quelle est une journée-type pour vous ?

Je commence à travailler très tôt le matin et jusqu’à très tard le soir (rires). En effet, j’œuvre tant dans des associations belges que françaises. Il faut ainsi participer à des conseils d’administrations, des réunions plénières, des groupes de travail, des colloques, des congrès… Une grande partie du travail est aussi effectuée par mails et téléphone, nous devons aussi lire et travailler sur des documents, des dossiers et des textes juridiques, etc. Je me déplace aussi sur demande des familles ou des professionnels pour aider, informer et sensibiliser au handicap, à l’autisme, à l’inclusion dans la société…
Je me suis très vite impliquée dans les associations belges (types asbl) de parents d’enfants autistes comme l’APEPA : Association des Parents pour l’Epanouissement des Personnes avec Autisme qui fait partie d’une concertation de 4 associations avec l’AFrAHM pour le handicap mental, l’APEM-T21 pour la trisomie 21 et l’AP3 pour le polyhandicap, concertation que je représente, ainsi que les fédérations des associations de parents d’élèves, au Conseil Supérieur de l’Enseignement Spécialisé. Je représente également la concertation au groupe de travail pour un référentiel qualité des services de l’AWIPH (Agence Wallonne pour l’Intégration de la Personne Handicapée), ainsi que dans divers autres groupes de travail.. Je suis en charge les questions d’autisme dans l’association Grandir Ensemble (un collectif de 11 associations) et je défends le principe de l’inclusion et de l’autonomie avec l’association « Ensemble pour une Vie Autonome ».
Au niveau des associations françaises, je suis Secrétaire Générale et déléguée aux Français de Belgique d’Autisme France Je vous rappelle qu’il y a plus de 6600 Français dans des situations de handicap qui sont hébergés et/ou scolarisés (en ce qui concerne les enfants) en Wallonie. Autisme France, entre autres associations, représente les usagers au comité de suivi français de l’accord-cadre franco-wallon. Cet accord, signé en 2011 et entré en vigueur dans les mois précédents permet un grand pas dans le suivi des Français en Belgique. Ce comité de suivi est composé, outre les associations d’usagers, des membres des cabinets ministériels, des administrations, des principales agences régionales de santé et des conseils généraux concernés, du Consul de France en Belgique et du Député des Français du Benelux.
Les associations exercent en ce sens un rôle essentiel : en représentant les particuliers auprès des professionnels et des institutions, elles permettent de leur donner une voix et d’obtenir des réalisations concrètes pour des familles entières.
Et cela ne fonctionne pas qu’à sens unique. L’échange de bonnes pratiques a permis ainsi, dans le cadre du plan autisme français, en s’inspirant des classes à pédagogie adaptée en Belgique, la création, en plusieurs étapes de 2014 à 2017, d’une centaine de classes (unités externes de maternelle) pour les enfants avec autisme. Ces classes pratiquent les approches recommandées, comme la méthode TEACCH , ABA et ESDM qui visent à encourager le développement cognitif de ces enfants et favoriser leur autonomie.. Quand je vois qu’après toutes ces négociations et ces heures de réunions, c’est plus de 700 familles qui vont pouvoir bénéficier d’un programme éducatif adapté pour leurs enfants, je me dis que nous n’avons pas œuvré en vain, même s’il reste encore beaucoup à faire ! Un bonheur ne venant jamais seul, et comme les résultats des premières classes sont déjà très encourageants, dans un souci d’inclusion, le gouvernement a pris la décision de créer cent autres unités externes pour d’autres handicaps et d’autres tranches d’âge. Ces unités externalisées étaient auparavant dans des instituts médico-éducatifs, là les enfants retourneront dans une école ; c’est une petite « révolution », même s’il s’agit toujours de classes spécialisées. Cependant, il faut bien sûr poursuivre les efforts et à grande échelle. Nous sommes encore loin d’une société inclusive, pour les enfants comme pour les adultes.

-Observez-vous des différences d’appréhension et de traitement du handicap entre la France et la Belgique ?

J’observe principalement des différences d’approches dans le traitement du handicap entre les deux pays. La France considère plutôt les personnes en situation de handicap mental sous l’angle du soin, en mettant l’accent sur les déficiences, bien que ce soit en train de changer, mais les mentalités sont longues à faire le chemin. La Belgique se concentre plutôt sur le potentiel de la personne, sous un angle plus éducatif, surtout en ce qui concerne les enfants. Je crois que chaque pays doit tirer des enseignements de son voisin et peaufiner ses méthodes au regard de ce qui fonctionne ailleurs. Je suis plutôt partisane d’une approche belge qui met en valeur l’éducation, quand je vois les bienfaits qu’elle a eue sur mon propre enfant. Mais tout n’est pas parfait ici non plus, loin de là, même s’il y a des choses formidables. C’est pourquoi j’ai également beaucoup de travail en Belgique !

-Pouvez-vous nous décrire vos rapports avec l’ambassade et le consulat de France ?

Mes rapports avec l’Ambassade et le Consulat sont aujourd’hui excellents. Je me présentais au Consulat dans un premier temps dans le cadre de démarches administratives, mais dès que je me suis lancée dans le monde associatif, j’ai très vite pu trouver des soutiens officiels, ce qui permet d’appuyer et de mettre en valeur bon nombre de projets associatifs.

-Quelles sont aujourd’hui vos attaches avec la France ?

De par mes fonctions, mais aussi mon intérêt pour les affaires politiques, je suis quotidiennement les actualités françaises. Je ne regarde que très peu la télévision mais je suis cette actualité grâce à Internet. Je n’ai pas d’adresse en France et ne peux pas voter aux élections locales mais je ne manque jamais les élections à scrutin national tel que les présidentielles et, depuis 2012, nous avons enfin des élections parlementaires pour les Français de l’Étranger.

-Est-ce important pour vous d’être dans un pays avec une communauté française si importante ? Avez-vous besoin de ces attaches ?

Bien sûr, je pense que cette communauté française si nombreuse en Belgique est un véritable atout pour nous. Notre communauté est si diverse, bien plus que ce que les médias souhaiteraient nous faire croire. Les Français de Belgique ne se résument pas en effet aux seuls exilés fiscaux, ultra minoritaires et pourtant si souvent mis en avant par les médias. Cette communauté comprend des fonctionnaires européens, mais également des ouvriers, des personnes en situation de handicap et des personnes dans une grande précarité.
Lorsque que l’on est Français et que l’on se trouve à l’étranger, une solidarité nait avec nos compatriotes, eux aussi expatriés. Cette solidarité permet peut-être un rapprochement entre différentes catégories sociales.

-Le mot de la fin, quels conseils pouvez-vous donner aux français qui arrivent en Belgique ?

Je conseille aux Français qui souhaiteraient s’installer en Belgique de consulter les petits dictionnaires de lexique des expressions belges et des belgicismes, pour éviter des incompréhensions et des erreurs de langage à leur arrivée (rires). Je leur conseille également de se renseigner sur internet auprès d’une multitude de sites internet pratiques ou en consultant les réseaux sociaux. Et bien évidemment, il faut s’inscrire au Consulat général de France à Bruxelles et à la commune, sans oublier la lettre d’information électronique du Consulat qui apportent des informations intéressantes directement dans votre messagerie sans avoir besoin d’aller les chercher soi-même !

publié le 22/07/2015

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