Rencontre avec Anne-Christine Genouville et Renaud Bentégeat - CCI France Belgique

Anne-Christine Genouville et Renaud Bentégeat, respectivement Directrice et Président du conseil d’administration de la Chambre Française de Commerce et d’Industrie de Belgique ont accepté de répondre à nos questions.

Tous deux français, ils ont choisis de poursuivre leurs carrières professionnelles en Belgique. Cet entretien, qui s’est tenu dans les locaux de la Chambre de commerce sous le signe de la convivialité et de la bonne humeur, vous est retranscrit dans son intégralité :

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Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Anne-Christine Genouville (ACG) : Je suis française, vis en Belgique depuis bientôt 9 ans et je suis directrice de la Chambre Française de Commerce et d’Industrie de Belgique, « CCI France Belgique » depuis 4 ans.

Renaud Bentégeat (RB) : Je suis en Belgique depuis maintenant 14 ans et je suis à la tête de la société CFE, cotée en Bourse à l’Euronext de Bruxelles depuis bientôt 13 ans. Je suis également président de CCI France Belgique depuis 8 ans.

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler pour la Chambre Française de Commerce et d’Industrie de Belgique ?

ACG  : J’ai tout d’abord travaillé pendant 15 ans en France dans un groupe bancaire. Lors de mon arrivée à Bruxelles, j’ai réalisé que sans la maitrise de la langue néerlandaise, j’allais éprouver beaucoup de difficultés pour trouver du travail dans le domaine commercial et les ressources humaines. J’ai alors créé une société et m’y suis impliquée pendant 4 ans, celle-ci proposait des formations à l’aide d’ateliers théâtraux et de techniques ludiques. J’ai travaillé seule, ce qui fut particulièrement éreintant. J’ai alors décidé de rejoindre la chambre française de commerce et d’industrie de Belgique.

RB  : Je ne vais pas vous mentir, c’est le hasard qui m’a amené ici. Je ne connaissais quasiment pas les activités de la Chambre lorsque j’ai été proposé par le conseil d’administration à la présidence il y a 8 ans. Ils cherchaient une personne à la tête d’un grand groupe en Belgique. C’est comme cela que je suis arrivé à la Chambre, à un moment assez difficile pour ses finances.

Quel est votre rôle et vos objectifs au sein de la Chambre Français en Belgique ?

ACG : Mon rôle est complètement opérationnel. Il s’agit avant tout de diriger l’équipe et le développement de la Chambre. Je m’occupe directement du développement du club Affaires.

La Chambre a trois fonctions :

- La gestion d’un centre d’affaire, 1700m2 de bureaux et salles de réunion, loués à une quarantaine de firmes.

- Le service d’appui aux entreprises, dirigé par Sabrina Gauthier. Ce dernier accompagne les sociétés françaises qui veulent développer leurs affaires en Belgique et aider les entreprises belges à se développer en France.

- Le club Affaires et l’activité business club pour lesquelles il faut créer des manifestations en permanence. Nous avons entre 18 et 22 manifestations par an, pour tous les goûts et sur de nombreux sujets. Nous organisons ces évènements à différents moments de la journée, que ce soit à Midi, à 17h, 20h, en formule petit-déjeuner, etc. Cette dernière activité se développe beaucoup et suit l’augmentation permanente du nombre de Français en Belgique. Nous avons des contacts très fréquents avec les Chambres de Commerce en France, que nous rencontrons 30 fois par an environ pour parler de la Belgique et notamment du développement de l’activité économique vers la Belgique des PME françaises.

RB  : Mon rôle est très modeste. Le rôle d’un président est de représenter la Chambre à l’extérieur. J’essaie à ce titre de promouvoir l’action de la Chambre et l’intérêt pour les entreprises françaises et belges implantées en Belgique d’être membre de la CCI France-Belgique. Mon rôle est enfin de m’assurer que les équipes de la Chambre, sous l’autorité de Mme Genouville, fonctionnent d’une manière harmonieuse et répondent aux objectifs des clients. De par mes fonctions, je suis bien sûr également à la présidence le conseil d’administration et de l’assemblée générale.

Je suis à titre personnel administrateur de CCI France International qui est l’union des Chambres françaises à l’étranger. Au sein de ce conseil d’administration, on retrouve quelques représentants des Chambre française à l’étranger mais également des représentants des Chambre de commerce en France.

Comment procède la Chambre Française pour aider au développement des échanges entre la France et la Belgique ?

ACG  : Tout d’abord en essayant d’être présente sur tous les fronts avec nos moyens limités puisque nous sommes une équipe de seulement 7 permanents et 2 ou 3 stagiaires. Nous procédons de plusieurs manières :

- nous effectuons des déplacements fréquents en France afin d’appuyer les entreprises ;

- nous travaillons également en collaboration avec les organismes régionaux belges pour le commerce extérieur qui sont des partenaires privilégiés, (Flanders Investissment & Trade, l’Agence Wallonne pour l’exportation et Bruxelles Exports) ;

- nous sommes bien évidemment en contact avec les autorités consulaires françaises en Belgique avec lesquelles nous avons les meilleures relations. Heureusement pour nous, la Belgique est un pays où l’entente entre Business France (La mission économique de l’Ambassade de France) et la Chambre Française de Commerce est absolument parfaite, ce qui n’est pas le cas partout.

La Belgique est également le second partenaire économique de la France, il y a donc des échanges commerciaux considérables entre les deux pays et énormément de travail dans ces filières. Nous sommes donc très présents auprès de nos homologues belges mais également en France auprès des régions.

En ce qui concerne le club Affaires, il n’y a pas d’autres secrets pour sa réussite que le développement du réseau et la communication externe. Nous avons aujourd’hui un peu plus de moyens qu’avant et nous avons donc pu nous entourer d’un attaché de presse afin d’accroître notre visibilité médiatique.

Combien y a-t-il de Chambres françaises de commerce dans le monde ?

RB  : Il y a 112 chambres françaises de commerce réparties dans le monde (dans 82 pays environs) ce qui constitue donc un réseau considérable. Il convient de souligner que les CCI à l’étranger sont toutes des associations privées et ne bénéficient pas d’aides financières publiques de l’Etat français. Leurs activités sont financées à 100 % soit par les cotisations des membres, soit par la facturation de services d’appui aux entreprises.

Il existe aussi deux autres Chambres de commerces françaises en Belgique dans les provinces de :
• Flandres (Chambre de Commerce des deux Flandres)
Pour être clair, cette Chambre de Commerce a une activité très réduite aujourd’hui et nous pensons que c’est la CCI France Belgique à Bruxelles qui doit progressivement assurer le relais autant que faire se peut d’une animation de notre réseaux d’entreprises en Flandres. Nous travaillons sur cet aspect à l’heure actuelle et Anne-Christine Genouville organise d’ailleurs en Novembre un dîner avec les investisseurs et chefs d’entreprises à Anvers.

• Wallonie
Implantée essentiellement à Liège, la Chambre conserve beaucoup de liens avec nous car son directeur est aussi administrateur de CCI France Belgique
L’Etat pour sa part soutient financièrement Business France, l’opérateur public chargé d’aider les entreprises françaises à exporter et les entreprises étrangères à s’installer en France.
On est donc dans un système de coexistence entre deux types d’organismes (l’un privé, l’autre public).

Quelles sont les liens entre la Chambre Française et les autorités françaises en Belgique ?

RB  : La Chambre Française, l’Ambassadeur de France auprès du Royaume de Belgique et Business France sommes tous trois fiers de notre excellente collaboration, d’autant plus primordiale que la Belgique est le deuxième partenaire économique de la France. Nous avons tous le même objectif : aider les importations belges en France et aider les exportations françaises en Belgique. Il est donc très important de montrer l’exemple pour nous ici à la Chambre, du fait des relations extrêmes fortes et quotidiennes entre nos deux pays. De plus, nous avons la chance avec Anne-Christine Genouville de bénéficier d’excellentes relations avec l’Ambassadeur et les dirigeants de Business France que nous rencontrons tous très régulièrement.

Organisez-vous des évènements ? Si oui quels types et fréquence ?

ACG  : Il y 3 grands types d’évènements :
• Des ateliers/séminaires de formations (fiscaux, sociaux, commerciaux…)
Ce sont par exemple, des ateliers sur : la comparaison de la fiscalité belge et française, les techniques commerciales, la prise de parole en public, un atelier sur les réunions professionnelles que l’on doit mettre en place. C’est une façon de communiquer avec les entreprises qui est très répandue en Belgique. Ces ateliers sont en général toujours animés par des membres de la Chambre Française et se tiennent le midi entre 12h-12h30 et 14h sous la forme de déjeuner… (Un minimum de 30 participants par atelier).
• Les dîners-conférences
Nous organisons un dîner par trimestre dans un hôtel partenaire de la chambre. Nos orateurs invités sont soit des patrons du CAC 40, soit des anciens ou actuels ministres français, ministres belges en activité ou des personnalités médiatiques… Par exemple, nous avons reçu en 2014 :
o Philippe Delusinne (Patron de RTL Belgique)
o Roland Dumas (ancien ministre des Affaires étrangères)
o Alain Juppé (ancien premier ministre)
En 2015 :
o Bruno Lemaire (ancien ministre de l’agriculture)
o Dominique Leroy (PDG de Proximus)
o Bruno van Pottelsberghe (Doyen de Solvay Business School)
Nous essayons d’alterner Belges et Français, hommes et femmes, politique et économie.
• Des déjeuners

RB  : A la demande des adhérents nous avons relancé la formule en 2014 et nous nous sommes aperçus que cela répondait à un vif engouement. Nous avons organisé des déjeuners qui sont à la fois un peu plus ciblés et thématiques, dont par exemple : la cyber sécurité avec des intervenants comme le patron de SOGETI, ancien responsable du département informatique des services secrets français, qui venait de quitter le service public. On essaye toujours de garder un caractère très qualitatif dans nos interventions car cela est très attrayant pour le public. Nous avons eu également un déjeuner avec Agnès Verdier-Molinié qui intervient souvent dans les missions françaises et qui est une chercheuse sociologue (60 personnes s’étaient inscrites pour l’écouter).

Quelles sont les difficultés éprouvées par la Chambre Française de Commerce et d’Industrie de Belgique ?

RB  : Je vais être très clair puisque lorsque nous sommes arrivés, la Chambre française était dans une situation peu favorable, les fonds propres étaient négatifs et le nombre d’adhérents diminuait régulièrement depuis des années. Le pari a donc été de relancer cette chambre vu qu’elle dispose d’une mission de service public et donc nous avons, avec l’impulsion déterminante d’Anne-Christine Genouville, totalement redressé la barre. Aujourd’hui, la Chambre française est bénéficiaire, nous avons en 8 ans récupéré plus de 160 000 euros de fonds propres qui étaient négatifs. Grâce à cela, nous avons embauché de nouvelles personnes et accru le service pour nos rentes . Nous sommes passés de 80 à 260 entreprises adhérentes en 8 ans. Il y a donc là une forte progression.
A quoi donc peut servir une chambre française à 1h25 de Paris par le Thalys ? On pense que ça ne sert vraiment à rien et je dirais que c’est exactement l’inverse. Le flux d’affaires qu’il y a entre la France et la Belgique, le nombre d’adhérents, notre chiffre d’affaires qui explose et notre activité débordante, l’accroissement de nos salariés prouvent au contraire qu’aujourd’hui notre rôle est primordial.

Quels conseils donneriez-vous aux Français qui souhaitent s’installer en Belgique et y développer une activité économique ?

ACG  : Un conseil tout simple : envisager le marché belge comme un marché complétement étranger. La principale caractéristique des Français qui arrivent ici, moi la première, c’est de considérer la Belgique, comme un pays d’une trop grande proximité, qui avec ses 23 Thalys par jour et sa francophonie nous permet de ne jamais quitter Paris. Le premier mois de mes activités professionnelles à Bruxelles je pensais que finalement la Belgique c’était un peu comme une province, puis le second mois, je commençais à vraiment sentir la différence et au bout du quatrième mois, lorsque l’apprentissage de la langue néerlandaise m’a paru incontournable, j’ai alors compris qu’une installation en Belgique était beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait.

Donc, je vous conseille d’envisager votre arrivée en Belgique comme une réelle installation à l’étranger, d’accepter d’investir dans une étude de marché, d’être patient, de faire l’effort d’apprendre le néerlandais, dont nous n’avons pas forcément tous besoin mais dont l’usage de notions est indispensable pour montrer à nos interlocuteurs belges que l’on s’implique. Les Belges, à mon sens, sont plus pragmatiques dans les relations d’affaires, beaucoup plus directs, sans ce côté très hiérarchique que l’on peut voir dans les relations en entreprises en France.
En suivant ces conseils, vous verrez que vos relations avec vos partenaires bruxellois seront amplement simplifiées !

publié le 14/09/2015

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