Rencontre avec Daniel Gachet

Daniel Gachet – Président de l’Association des Officiers français de Belgique et de l’Association nationale des membres de l’ordre national du mérite - Représentation Belgique

Engagement associatif

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, depuis combien de temps êtes-vous en Belgique ?

J’habite à Bruxelles, et suis Français de Belgique depuis longtemps ! Avocat à la Cour d’Appel de Paris puis à Bruxelles et pendant plusieurs années comme Vice President, Chief International Counsel du groupe BAXTER à Chicago où j’ai exercé pendant de nombreuses années. Mon premier séjour en Belgique comme jeune avocat date de 1972 ; je passais régulièrement en Belgique sans m’y établir. Par la suite, je suis venu m’installer en Belgique pour reprendre avec mon fils Christophe, une entreprise de 40 personnes en grandes difficultés : la sociéte AGRIMAT.… mais ma première inscription au Consulat de France à Bruxelles doit dater de 1972 !

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Vous êtes président de l’Association des Officiers Français de Belgique et de l’Association des membres de l’ordre national du mérite. Comment pourriez-vous décrire votre engagement dans le milieu associatif ?

C’est un peu comme Obélix, tombé dans la potion magique étant petit ! Je me suis investi dans le monde associatif très tôt… déjà en 6ème j’étais délégué de classe ! Cela présentait quelques inconvénients (participer au conseil de classe à chaque fois), mais aussi quelques avantages – j’avais droit aux meilleures portions à la cantine ! (rires)

Cette « maladie » s’est ainsi amorcée lors de mon cursus scolaire, puis s’est développée lors de mon engagement militaire au cours duquel j’ai été président de Brigade, et enfin sur le plan professionnel, où j’ai exercé différentes fonctions de présidents ou de responsables d’associations civiles, politiques et d’Entraides. Un engagement très tôt donc et qui se poursuit toujours.

Vous êtes président de deux associations actuellement, qu’est-ce que cela représente pour vous… ?

Beaucoup de travail, car c’est un engagement important : vous êtes en quelque sorte aux services des autres et devez parvenir à rassembler un certain nombre de personnes aux caractéristiques communes. Vous devez également agir dans un certain cadre – dans le monde militaire en l’occurrence – tout en répondant aux demandes émanant de l’administration, du Consulat, de l’armée ou d’autres services de la République.

Dans le cadre de l’Ordre national du mérite, il s’agit de regrouper les membres de cet ordre national en Belgique afin de maintenir une amicale dans ce pays, et il faut également être présent auprès de nos membres, de l’Ambassade et du Consulat.
Cet engagement est aussi toujours tourné dans un souci d’entraide : que ce soit entre les membres ou en direction d’œuvres d’entraides extérieures.

Votre participation à la vie associative s’est-elle amorcée dès votre arrivée en Belgique ?

Je reprends mon histoire du chaudron (rires)… Il est vrai que cet engagement s’est déjà manifesté avant la Belgique et dans le cadre de mes nombreux séjours à l’étranger. Même aux États-Unis, j’ai créé une association regroupant des avocats qui a très bien fonctionné.

Selon moi, l’engagement associatif est un complément permanent… certains disent quand même que cela relève de la thérapie mais bon chacun est libre de son jugement dans le domaine (rires) !

La réserve militaire

Vous nous avez fait part d’un grand nombre de demandes d’engagements suite aux évènements de novembre 2015. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la Réserve ?

Précisons tout d’abord qu’il y a deux types de réserves :

  • La réserve militaire
  • La réserve civile

Je vais commencer par la réserve militaire. Dans ce cadre, la réserve n’est pas du bénévolat pur et simple, puisqu’elle est sujette à une rémunération pendant la durée d’ESR (Engagements spéciaux de Réserve). D’anciens militaires ou d’aspirants militaires souscrivent à un engagement avec l’armée pour répondre à ses besoins. Cela suppose une formation et un entraînement permanent, mais qui ne s’étale pas non plus toute l’année, il peut être ainsi de 1 mois à plusieurs mois voire une année selon les réserves et les disponibilités de chacun. Dans mon cas par exemple, je devais passer un mois par an à l’armée pour des exercices ; du coup je passais mes vacances intégralement à Saumur dans ma caserne (rires). Un jeune qui veut devenir réserviste va d’abord suivre une FMIR (Formation Militaire Inter-Arme) – et devenir par la suite réserviste d’homme du rang puisqu’il saura manier un fusil, défiler au pas, porter l’uniforme et connaître le b.a.-ba sur le plan militaire. Pour un officier ou un sous-officier, on peut également s’inscrire dans différents corps de réserve comme les ORSEM (Officiers Réservistes en Situation d’État-major). Là, la période de réserve est de 2 à 3 mois et pour les opérations extérieures cela peut également dépendre de l’opération.

La réserve la plus « active » sur le plan militaire est ainsi la réserve opérationnelle : il s’agit d’hommes du rang, d’officiers ou de sous-officiers. Les officiers et sous-officiers peuvent avoir été formés lors de la conscription ou peuvent avoir été volontaires pour suivre des périodes de formation : ils sont dans les deux cas rattachés à des régiments ou des états-majors. Deux de mes camarades y ont ainsi servi de longues périodes (6 mois en Afghanistan) et peuvent être aux cœurs d’opérations extérieures (Opération Sentinelle) depuis Paris. Les responsabilités varient complétement, mais il faut, en tout état de cause, présenter un minimum d’engagement.

La réserve citoyenne est une réserve qui concerne les militaires comme les civils, actifs ou retraités. A cette occasion, les réservistes souscrivent un contrat avec l’armée où ils s’engagent à apporter leurs compétences. Vous êtes un civil assimilé à un militaire et on vous donne un grade honorifique en fonction de votre niveau d’études et de votre spécialisation. Par exemple : un professeur d’université spécialisé en cyberdéfense va souscrire un engagement et deviendra réserviste citoyen avec un grade de commandant ou de lieutenant-colonel.

Ce sont donc dans les deux cas des réserves militaires. A l’intérieur de ces réserves, vous avez également des réserves par armes : Armée de Terre, Armée de l’Air, la Marine et la Gendarmerie. La totalité des réservistes comprend 50 à 60 000 personnes sous l’uniforme, y compris au sein de la gendarmerie.

Sur le plan civil, vous avez tout un ensemble de fonctions qui comportent des réserves : réserve civile cyberdéfense, pompiers volontaires, protection civile, réserve sanitaire (dans le cadre des professionnels de santé). Il s’agit ici de servir dans un cadre bénévole, éventuellement rémunéré, et en tant que collaborateur de service public. Il existe aussi des réservistes de l’Éducation nationale par exemple.
La France, notre pays, offre aux citoyens volontaires, une manière de servir dans différents organismes.

Tout le monde peut-il être réserviste ?

Cela passe évidemment par une formation et un entraînement, mais je dirais qu’il y a une condition psychologique de base. Être réserviste, c’est être volontaire : cela suppose un engagement minimum et cela dans toutes les réserves. Afin de faciliter l’engagement sur le plan militaire, beaucoup d’entreprises privées ont signé des partenariats avec la Défense : vous pouvez ainsi être appelé, et votre employeur doit vous laisser partir en suspendant votre contrat pendant tout le temps de votre exercice dans l’armée.

Il y a ici des facilités d’organisation, cela n’est pas toujours le cas, et cela dépend des périodes : les périodes de conflits, et d’insécurité accroissent les demandes. Figurez-vous par exemple que pendant la guerre de 14-18, l’armée française était principalement constituée de réservistes !... Sur sur 3 millions d’hommes engagés pendant le conflit,, l’immense majorité était constituée de réservistes. Pour les périodes plus « calmes », il y besoin de moins de réservistes. Cela correspond à un état de la société et à une évolution politique ; depuis les attentats de Paris, il y a donc un grand besoin de réservistes.

Il y a eu en effet beaucoup de demandes pour intégrer la réserve suite à ces attentats. Quel est le lien entre votre association et l’armée française lorsque vous recevez ces demandes d’engagement ? Est-ce que vous facilitez les démarches ?

Lorsque nous recevons une demande, nous indiquons immédiatement aux jeunes intéressés que nous ne traitons pas le dossier nous-mêmes. A une époque, nous pouvions le faire puisqu’il y avait ici à Bruxelles, 3 un centre de formation militaire de Réserve, dirigé par le LCL MICHEL, actuellement délégué du Souvenir français en Belgique. Nous avions nos propres entraînements, mutualisés avec les belges.

Actuellement, lorsque nous recevons des demandes, notre rôle se situe principalement au niveau de l’orientation des jeunes sur internet et vers un CIRFA (Centre d’information des Réserves de l’Armée) pour les plus motivés – les CIRFA les plus proches sont à Lille ou à Valenciennes. Il nous arrive de transmettre les dossiers aux autorités françaises en Belgique qui peuvent ensuite aiguiller les jeunes en fonctions de leurs demandes et relayer l’information.

Nous avons donc un rôle de facilitateur, d’informateur, notamment grâce à notre intervention au lycée français de Bruxelles au cours de la Journée Défense Citoyenneté. Il y avait également quelques camarades de la mission militaire présents lors d’une présentation, et nous avions alors reçu beaucoup de demandes.

En somme, pour s’engager dans la réserve en étant Français de Belgique, comment doit-on procéder ?

Il faut contacter le CIRFA de Lille ou de Valenciennes directement. Il existe des éléments, des conditions d’aptitude, d’âge qui seront vérifiées lors d’une visite au CIRFA. L’élément humain reste bien sûr très important dans le recrutement, à l’armée comme ailleurs.

Et pour la réserve citoyenne ?

La réserve citoyenne est actuellement en phase expérimentale. Avec le Général de Langlois, nous avons contribué à sa création il y a 3-4 ans. Les officiers militaires français restent en général en Belgique pendant trois ans et repartent ; cela les empêche d’assurer un suivi régulier. Depuis la naissance de la réserve citoyenne, il y a eu quelques difficultés et quelques avancées. Actuellement notre camarade officier de réserve, Benoît Chausseprat travaille à temps plein à la Mission militaire sur la réserve militaire, ce qui permet désormais d’avoir un relais à Bruxelles pour étudier les dossiers. La réserve citoyenne, lorsqu’elle a été créée, était axée sur les compétences spécifiques : par exemple, Mme Arnould, qui avant d’être Ambassadeur de France auprès du royaume de Belgique était directrice de l’Agence Européenne de Défense, avait besoin de...compétences particulières sur un problème précis. Un groupe d’officiers de réserve s’est alors réuni pour préparer un dossier..

C’est un dispositif destiné aux Français de Belgique ; mais nos camarades belges sont invités à nos conférences en tant qu’observateurs. Nous avons des contacts amicaux avec les officiers de réserve belges associés au sein du CORB (Comité Royal d’Officiers de Réserve Belge).

Quelle différence faites-vous entre la réserve citoyenne et le service civique ?

Dans la réserve citoyenne, vous vous situez dans un cadre militaire. Vous souscrivez un contrat avec le Ministère de la Défense, et vous disposez d’un grade honorifique militaire, puisque vous travaillez au profit de l’armée. Dans le cadre du service civique ou de la réserve de l’Éducation nationale, c’est le ministère de l’Éducation nationale qui est responsable, le service civique visant avant tout à enseigner aux plus jeunes les valeurs fondamentales de la République.

Les réserves militaire et civile sont ainsi bien distinctes. Cette dernière n’est pas liée aux différents corps d’armées mais possède le titre de réserve alors qu’elle désigne avant tout un supplétif, soit un corps de volontaires de l’institution. La réserve sanitaire par exemple comprend des anciens médecins et des membres du corps paramédical qui pourraient être rappelés en cas de coup dur. Suite aux attentats au Bataclan, la protection civile a été présente immédiatement par exemple et les réservistes ont été très rapidement mobilisés. Même chose pour les pompiers. Dans les campagnes, ce sont principalement des pompiers bénévoles qui répondent et apportent leur aide.

Pourquoi adhérer à la réserve ?

Malgré quelques contraintes, les motivations sont nombreuses et positives.

Commençons par l’aspect éventuellement négatif :

  • Il faut y consacrer du temps, de l’énergie voire les deux, ce qui peut causer quelques problèmes familiaux car la famille peut se fatiguer des déplacements incessants de l’un des parents.

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Sur les aspects positifs, il faudrait presque en dresser un catalogue :

  • Cela suppose une condition de fond, sortir de sa coquille pour aller aider, participer à la vie de la cité ;
  • Cela va vous donner de la confiance en vous, vous apprendre à faire face à beaucoup de situations inédites ;
  • C’est un apprentissage de la vie en société ;
  • Cela aide à vous développer, à élargir votre cercle de connaissances humaines et techniques, à établir un réseau qui vous enrichit énormément ;
  • Cela peut vous apporter des satisfactions personnelles et une reconnaissance de la République pour les personnes les plus investies dans le milieu associatif et de la réserve ; elles s’accompagnent de la reconnaissance du titre et du grade ;
  • A tout âge, vous pouvez rejoindre la réserve comme le milieu associatif ;
  • Cela peut vous aider à progresser professionnellement.

Vous disposez de retours d’expériences de la part de camarades ou de personnes que vous avez recommandés ?

Les retours d’expériences sont positifs comme négatifs. Certaines personnes s’engagent et ne poursuivent pas, ce qui est frustrant pour tout le monde, et surtout pour elles. Les carrières et les évolutions peuvent être de toute nature pour ceux qui ont poursuivis.

Un officier de réserve va rarement dire qu’il a perdu son temps : on apprend à commander des hommes, à faire face à des situations nouvelles. Au contraire, tous mes camarades regrettent de ne pas avoir poursuivi, mais ils ont dû faire face à des impératifs familiaux et/ou professionnels. C’est un engagement très difficile à maintenir sur le long terme !

L’évolution dans la réserve militaire est-elle la même qu’en tant que militaire d’active ?

C’est le même principe exactement… et vous avez autant de frustrations d’évolution dans les deux cas (rires) ! La réserve est un des éléments organiques qui vous permet d’évoluer.

En somme, il n’y a rien d’impossible mais c’est une question de volonté, d’engagement et de sacrifice de soi. Vous avez intérêt, même si vous n’entrez pas dans la réserve, à vous engager sur le plan professionnel dans des associations qui vous élargissent automatiquement vos cercles.

Vous décriviez la spécificité de votre association, qui conserve des liens forts avec le Consulat et l’Ambassade. Pouvez-vous nous décrire ces rapports ?

L’ambassade de France auprès du royaume de Belgique disposait jusqu’en 2001 d’un attaché de Défense, il y en avait deux en tout pour la circonscription du Benelux. Lorsqu’il a été décidé de supprimer ce poste à Bruxelles, il nous a été demandé de venir aider, en tant qu’officiers de réserve. J’avais un camarade qui travaillait sur ces dossiers, lorsque j’ai moi-même été chargé de mission ici. L’Ambassade et le Consulat servent de lien avec le milieu des anciens combattants, notamment via l’Office National des Anciens Combattants.

Pendant des années, l’Ambassadeur de France, le Consul Général ou l’Attaché de Défense pouvaient nous demander de les représenter dans certaines cérémonies militaires là ou les contraintes de leurs agendas ne leur permettaient pas d’être présent. Le Lieutenant-Colonel MICHEL, délégué du Souvenir Français en Belgique, joue un rôle essentiel avec l’Ambassade et le Consulat concernant les cérémonies militaires liées au commémorations des soldats français tombés en Belgique pendant les deux guerres.
Un groupe d’Officiers de Réserve se réunit aussi régulièrement dans le cadre de l’Institut des Hautes Études de Défense nationale.

Le mot de la fin. Un dernier conseil pour nos Français de Belgique qui souhaiteraient s’engager dans la réserve ?

S’engager dans la réserve, c’est un devoir de citoyen.

Comment montrer son engagement ? Plusieurs possibilités : par un bulletin de vote, dans des œuvres caritatives (entraides françaises), ou auprès des organismes militaires grâce à la réserve notamment.

Cet entretien a été réalisé dans les locaux du Consulat général de France à Bruxelles.

publié le 02/05/2016

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